Depuis le début de saison, l'équipe féminine des Coqs Rouges de Bordeaux connait une situation très particulière. Car, si le score l’exige, les joueuses marquent des buts contre leur camp afin de ne pas l’emporter histoire qu'aucune réserve - et donc amende - ne soit posée par ses adversaires. La raison : plus de six joueuses sont mutées. L'explication est simple : la saison dernière, compliquée, a amené un départ massif lors de la trêve. Le club n'a pas baissé les bras et s'est activé pour que le football féminin soit toujours présent à Moulerens. Et c'est une belle récompense pour les dirigeants de constater qu'ils sont parvenus à accueillir suffisamment de joueuses pour que l'équipe à huit existe toujours, et même plus : la création d'une équipe à onze, au niveau départemental.

Alors, pour éviter chaque week end q'une équipe adverse ne porte réserve - et que le club risque d'écoper de 70€ d'amende - la tactique est établie : jouer au maximum jusqu'à la 85ème minute afin de travailler un plan de jeu mais aussi l'avenir puis les cinq dernières minutes, place à des buts contre leur camp. Ce n'est pas simple à réaliser mais l'équipe entière fait ce choix, de manière solidaire. Avec une équipe en reconstruction, le plaisir de se retrouver et de travailler ensemble pour l'avenir reste essentiel. C'est tellement du bonheur pour le club de voir que le foot féminin existe toujours que les efforts sont faits en ce sens... Et que chaque week end, les joueuses courent vers leurs propres buts. Une tactique qui, comme le prouve cette vidéo, énerve les adversaires qui ne comprennent pas.

De son côté, le district de la Gironde indique, dans un communiqué suite à la parution d'articles sur des médias ayant repris l'information sans l'expliquer que "Suite à la parution de plusieurs articles relatifs au club des Coqs Rouges de Bordeaux, le District de la Gironde de Football dément formellement le fait que les joueuses soient obligées de marquer contre leur camp afin de ne pas recevoir d'amende. Nous rappelons que le club des Coqs Rouges, possédant 17 joueuses mutées, ne peut faire jouer que six joueuses ayant évolué dans un club différent la saison précédente. Conformément à la réglementation fédérale, "seules les créations d'équipes peuvent bénéficier d'une dérogation par rapport au nombre de joueuses mutées", demande déposée par le club à la Ligue de Football de Nouvelle-Aquitaine et au District de la Gironde de Football.
Ayant déjà une équipe féminine depuis plusieurs années, le club des Coqs Rouges de Bordeaux ne peut donc être éligible à cette dérogation. Ces propos ont été rappelés à ce club par le président, lors du rendez-vous de la mi-septembre. Ainsi, comme le prévaut la directive édictée par la Fédération Française de Football, le club s'expose à une amende de 70 euros par joueuse mutée supplémentaire sur la feuille de match, et ce seulement si le club adverse dépose une réclamation auprès des instances. Le District de la Gironde de Football tient à préciser que cette réglementation sur les joueuses mutées intervient dans le cadre de la protection des clubs, et de leurs effectifs, et non pas dans une optique de répression relative à la structuration du football féminin".

Le problème est donc là. Pour éviter que les clubs piochent un peu trop dans l'effectif des clubs voisins, les règles empêchent donc à des équipes en souffrance - ce qui n'est pas un cas isolé dans le football féminin - de pouvoir jouer libérées. Le club des Coqs Rouges demandent donc à ce que des solutions soient trouvées afin que le football féminin puisse se développer au mieux, sans dégouter les femmes de la pratique de cette discipline. Un vaste chantier.

Le communiqué des Coqs Rouges de Bordeaux
Suite à la publication d’articles au sujet de notre Section Football Coqs Rouges Bordeaux nous précisons et réaffirmons notre travail main dans la main avec le District de la Gironde et la Ligue de Football Nouvelle Aquitaine afin de trouver des solutions au développement du football féminin.
Suite aux nombreux échanges avec la Ligue et le District, il s’avère que le règlement les empêche de nous accorder une dérogation que ce soit sur le nombre de mutées ou la possibilité que le club soit exonéré des amendes prévues par le règlement. Nous travaillons encore avec eux aujourd’hui pour trouver des solutions. Ils sont tout autant bloqués et apprécient fortement notre projet et aimeraient nous aider davantage.
Différents interlocuteurs comprennent et partagent ce constat. Que ce soit d’autres clubs partout en France, d’autres entraîneurs, joueurs(ses), arbitres, délégué(e)s, tous semblent unanimes pour indiquer qu’un changement est nécessaire au bon développement de la pratique du football féminin. Il s’agit dans notre action d’interpeller la Fédération Française de Football afin d’initier un travail commun avec tous les acteurs concernés (Ligues, Districts, clubs, éducateurs) car nous avons besoin de son soutien. Une rencontre collégiale serait une porte d’entrée à des solutions pertinentes qui permettrait à des clubs comme le nôtre d’envisager d’une manière sereine et constructive les futures saisons. Le travail déjà mis en place en faveur de toutes les pratiques (football, futsal, foot adapté, etc) par la FFF est un exemple que nous souhaiterions suivre pour notre section. Il ne s’agit pas d’alerter uniquement mais de proposer des pistes de travail. Par exemple faire du football à 8 une pratique d’initiation. Assouplir les règles au plus bas niveau de compétitions pour développer la pratique mais que les règles restent en vigueur pour les compétitions au plus haut niveau.
Au sujet du nombre de mutés, homme ou femme, il serait opportun de faire une distinction selon la provenance : par exemple, pas plus de 3 mutés provenant du même club afin d’éviter le pillage et ainsi ne pas avoir de limitation du nombre de mutés par équipe. Lors d’une création d’équipe à 11, même si une équipe à 8 existe, il ne faudrait pas la soumettre  à la règle des mutés. Accorder une dérogation au sujet des mutées dès lors que le club se retrouve avec moins de 3 ou 4 joueuses. Ce sont là des pistes de travail sur lesquelles nous souhaiterions travailler avec tous les acteurs concernés.
Cette demande d’adaptation du règlement ne sera pas effective pour notre section car nous sommes conscients que les règles ne pourront pas changer cette année. Mais nous souhaiterions que cette évolution puisse profiter à d’autres clubs dans la même situation mais surtout aux générations futures, jeunes filles et femmes souhaitant jouer et enfin donner les moyens pour réellement développer le football féminin.